La science comme sport collectif : méthodes prosopographiques en histoire des sciences

Europe/Paris
Salle Maryam Mirzakhani (IHP - Bâtiment Borel)

Salle Maryam Mirzakhani

IHP - Bâtiment Borel

    • 14:00 14:45
      Évolution des parcours des mathématiciennes de l'ENS Sèvres après son rattachement à l'Enseignement supérieur (promotions 1936-1960) 45m

      Créée en 1881 pour former les professeures de l’enseignement secondaire féminin, l’Ecole normale supérieure de Sèvres est rattachée à l’Enseignement supérieur à partir de 1936. Avant cela, les sévriennes en sortaient avec un diplôme spécifique, qui les restreignait aux carrières de l’enseignement secondaire. Lors du rattachement à l’Enseignement supérieur, une réorganisation des études intègre la préparation aux diplômes universitaires, permettant ainsi un élargissement des débouchés aux métiers académiques. Dans cette communication, j’interrogerai les effets concrets de ce rattachement en m’appuyant sur les trajectoires des étudiantes en mathématiques à l’ENS Sèvres entre 1936 et 1960 : la réorganisation des études a-t-elle effectivement produit une diversification des carrières suivis par les Sévriennes ?

      Orateur: Elisa Dalgalarrondo (Université Paris-Cité, SPHERE)
    • 14:45 15:30
      Le triomphe de l’école des Annales ? Trajectoires des historiens associés à la revue dans l’après-guerre (1945-1968) 45m

      L’« école des Annales » semble occuper dans la mémoire des historiens une place proche de celle de Nicolas Bourbaki dans la mémoire des mathématiciens. Une même aura entoure les deux collectifs, dont les évolutions respectives présenteraient de fortes similarités : formés dans l’entre-deux-guerres, ils auraient défendu des conceptions révolutionnaires depuis des positions de relative marginalité, avant de triompher dans l’après-guerre dans l’espace national et plus encore à l’étranger, où ils représenteraient chacun dans leur discipline l’éclat de la science française. Ce parallèle suggère que le réexamen de l’histoire de l’école des Annales pourrait éclairer l’histoire de Bourbaki, et réciproquement. Après avoir rappelé les grandes lignes de l’histoire de l’école des Annales, je me concentrerai sur la période 1945-1968 qui correspond à l’avènement de ladite deuxième génération des Annales, formée dans les années 1920 et 1930. En étudiant les trajectoires des principaux contributeurs de la revue dans l’après-guerre, j’interrogerai le récit traditionnel qui considère cette période comme celle de la constitution d'une école et de son triomphe dans le champ historien français.

      Orateur: Vincent Heimendinger (ENS Paris-Saclay, IDHES)
    • 15:30 15:45
      Pause 15m
    • 15:45 16:30
      L'histoire de la robotique au LAAS-CNRS (1968-2007) : conception d'une base de données relationnelle prosopographique 45m

      Issue des sciences de l’ingénieur, la robotique émerge aux États-Unis dans les années 1950 avant d’apparaître en France au cours des années 1970 au sein, d’abord, de laboratoires de recherche situés en province. L’un des premiers espaces où elle s’implante est le laboratoire d’analyse et d’architecture des systèmes (LAAS-CNRS), localisé à Toulouse, à travers un petit groupe de chercheurs et d’ingénieurs, qui s’organise et forme progressivement une communauté scientifique reconnue dans tout l’hexagone et à l’étranger.
      Au prisme d'une approche prosopographique, une base de données (BDD) relationnelle a été créée, afin d’analyser à plusieurs échelles les caractéristiques communes et singulières de ce groupe de scientifiques, leurs relations avec le monde académique et industriel, ainsi que leurs trajectoires professionnelles. Cette présentation mettra alors en lumière « l’arrière-cuisine » du travail d’une chercheuse en SHS, autrement dit : le processus menant à la conception de cette BDD, ses différentes étapes de réalisation, jusqu’à son architecture en l’état. La nature des données saisies et leur pertinence dans ce travail, les méthodes de collectes mobilisées (archives et entretiens), ainsi que l’exploitation et la visualisation (en cours) de celles-ci, seront également évoquées.

      Orateur: Stéphy Le Foll (EHESS, CESSP et LAAS)
    • 16:30 17:15
      Égaux et egos : mécaniques du groupe Bourbaki (1934-1968) 45m

      Dès son origine, le groupe Bourbaki se dote de règles strictes visant à effacer l’individualité de ses membres et donc à garantir leur égalité : il se donne dès l’été 1935 d'un nom collectif, seul signataire des textes publiés ; l’identité des membres doit rester secrète, le recrutement se faisant par cooptation ; chaque partie du traité est déléguée à un binôme de rédacteurs, dont le texte est soumis à vive discussion, sans préséances ; l’ambiance canularesque des réunions, que retranscrivent les « comptes-rendus des congrès » (1934-1938) et le bulletin du groupe, Journal de Bourbaki (1937-1938), puis La tribu (1940-1977), vise à reproduire la camaraderie et la relative égalité du contexte scolaire ; enfin, tout membre ayant passé les 50 ans doit se retirer, les capitaux scientifiques des membres restant ainsi commensurables.

      En s’appuyant sur une base de données prosopographique des membres des trois premières générations et sur les archives du groupe, cette présentation article entend analyser la tension fondamentale qui traverse le groupe, entre égalitarisme postulé et élitisme fondamental caractérisant la communauté mathématicienne. Combiner prosopographie et lecture fine des comptes-rendus des réunions permet d’entrer dans le fonctionnement interne et de montrer un jeu complexe de dominations et de rapports de force, de participation à intensité variable, de profits différenciés, en révélant qui qui rédige quoi, qui tranche les débats, qui oriente les priorités du groupe, qui en est considéré comme porte-parole et qui, au contraire, s’en marginalise voire s’en exclut.

      Orateur: Pierre Verschueren (Université Marie et Louis Pasteur, CLF, IUF)
    • 17:15 17:45
      Discussion générale 30m